L'aspect lexical & grammatical

L'aspect be+-ing

 

 

 

! mots-clés :

aspect grammatical – aspect "progressif" – aspect parfait – aspect zéro – aspect lexical/Aktionsart – procès – état – processus – procès ponctuel (achievement) vs. duratif – procès télique (accomplishment) vs. atélique – procès unique vs. itératif – procès inchoatif vs. terminatif – auxiliaires vs. verbes lexicaux – grammaticalisation – verbe d'état – marqueur d'identification vs. de localisation – sujet de type locatif – invariant ––marqueur de nominalisation – validité de la RP énoncée vs. présupposée – anaphore contextuelle – complicité/connivence métalinguistique – orientation de l'axe sémantico-syntaxique de l'énoncé – assertion forte – négation de réfutation

 

 

Lorsque l'on parle d'aspect, il convient de ne pas confondre l'aspect grammatical et l'aspect lexical[1].

L'aspect grammatical marque la façon dont So construit l'évnt P/p à la situation qui lui sert de pt de repère. L'ang. en a 3 : l'aspect zéro, construit avec les formes simples des vb, l'aspect parfait, construit avec have+-en et l'aspect "progressif", construit avec be+-ing.

L'aspect lexical (= Aktionsart) correspond au type de procès, et c'est ce qui va ns intéresser en premier lieu ds ce cours.

 

 

Première partie : l'aspect lexical

 

On peut distinguer les procès dynamiques, encore appelés processus, des procès statique ou états. Dc procès = processus ou état (schéma (a)).

Parmi les procès dynamiques, on peut distinguer des sous-catégories (schémas (a) et (b)) :

 

(a)

AppleMark


 

(b)

AppleMark

 

 

D'après Laurel Brinton, 1988, The Development of English Aspectual Systems, CUP, p.54.

 

Les schémas (a) et (b) n'épuisent pas ts les cas de figure : on distingue encore les procès inchoatifs co start, begin, et les procès terminatifs co finish, end up, reach[2].

 

NB : il est difficile de distinguer les procès de type achievement de ceux de type accomplishment par la traduction de ces étiquettes en fçs. Ds les 2 cas, on aurait « réalisation », « accomplissement ». Se souvenir :

– qu'avec le type achievement, le procès est représenté co un pt (cf. ponctuel ds le schéma (a)). Il s'agit dc procès à bornes confondues, exs : leave, win the race, break, ... Le moment où le procès break commence ne peut pas ê distingué du moment où le procès break se termine (les 2 coïncident) ;

– qu'avec le type accomplishment, ns avons des procès téliques (cf. schéma (b)), ce qui signifie que la borne de fin existe, ms qu'elle ne se confond pas avec la borne de début. Exs : grow up, walk a mile, destroy, ...

 

L'A. lex n'est pas une étiquette collée sur un vb une fs pr ttes : selon les emplois un vb, dc un procès, peut passer d'un type de fonctionnement à un autre. L'A. lex est dc le produit de l'interaction de plusieurs facteurs. On en donne une idée ci-après :

– présence ou non d'un argument objet, voire d'un circonstant :

(1)        She sang (activité) vs. She sang songs (itératif).

(2)        She walked (activité) vs. She walked one mile (accomplishment).

(même effet si ajout de circonstants avec She walked upstairs et She walked from home to her office)

– caractère direct ou indirect de l'argument objet :

(3)        John worked the crossword puzzle (accomplishment) vs. John worked on the crossword puzzle (activité).

(4)        The mouse ate the block of cheese (accomplishment) vs. The mouse ate from the block of cheese (activité)[3].

– caractère dénombrable /indén. de l'argument objet :

(5)        Rodney played Mozart (on the flute) (activité) vs. Rodney played Mozart's concerto for flute (accomplishment).

– caractère défini /indéf. de l'argument objet :

(6)        He moved the luggage into the house (accomplishment) vs. He moved luggage into the house (itératif).

– type de préposition en cas de SP :

(7)        The man walked in the woods (activité) vs. The man walked into the woods (accomplishment).

– présence d'une particule (UP et OUT, entre autres) :

(8)        She sat to the right of the window (état) vs. She sat up (accomplishment).

 

Ds le mê ordre d'idées, l'interprétation aspectuelle d'un én résulte de l'interaction entre A. gram, A. lex et c au sens vu précédemment (argument objet, circonstants, ...) :

(9)        I have persuaded him. / I have found found him.

atteinte d'un résultat (= atteinte de la borne de droite du procès)

= aspect parfait + vb ponctuel ou télique

(10)     He has lived in different parts of the world.

pas d'atteinte d'un résultat = aspect parfait + vb atélique

Dira-t-on qu'il existe # types de present perfect, celui qui indique l'atteinte d'un résultat, celui qui ne l'indique pas ? Ce serait ridicule. Autres exs pr terminer :

(11)     The team has lost for half a year now.

itération = aspect parfait + vb ponctuel + circonstant référant à une durée (*The team has lost at a quarter past two.)

(12)     John has broken glasses since he was a child.

itération = aspect parfait + vb ponctuel + pluriel sur l'argument objet (*John has broken a glass since he was a child.)

 

Conclusion : la distinction A. lex / A. gram est cruciale : c'est une distinction entre 2 systèmes,  et l'interprétation aspectuelle d'un én résulte d'une interaction entre au moins ces 2 syst en oeuvre.

 

 

Deuxième partie : BE & HAVE

 

Concentrons-nous maintenant sur l'aspect grammatical. 2 des 3 aspects de l'ang. sont construits avec un auxiliaire : have+-en et be+-ing. On se souvient que ce qui caractérise syntaxt un vb auxiliaire, ce sont les NICE properties.

Mais BE & HAVE ont ts deux à côté des emplois comme vb lex. Il convient dc de commencer nos réflexions par une (brève) étude de BE & HAVE.

 

I. Emplois de BE et HAVE comme verbes lexicaux ou auxiliaires

 

BE verbe lexical

– vb d'état, encore appelé copule (constituant à droite = attribut)

– sert à former la tournure existentielle There is / are ... (constituant à droite = sujet réel)

– sert à former la périphrase à valeur modale is to (+ Prédicat) – qui ne se trouve jamais à l'infinitif.

NB : BE vb lexical a certains comportements morphosyntaxiques d'un auxiliaire (cf. façon de former les assertions négatives et les questions sans faire appel à DO).

 

BE auxiliaire

be+-ing (marqueur de l'aspect dit progressif, étiquette à prendre avec précautions)

be+-en (marqueur de la voix passive)

NB : BE aux. a ttes les formes, finies & non-finies, d'un vb en ang. (il en a mê plus, puisqu'il possède 8 formes # – cas unique en ang.)

 

HAVE verbe lexical

– vb porteur du sens de possession (constituant à droite = COD)

– sert à former # expressions, telles have breakfast, have fun, have a headache, etc. (constituant à droite = COD)

– sert à former la périphrase à valeur modale have to (+ Prédicat)

– sert à former les constructions causatives have somebody V (something), have something V-en, (cette construction n'étant pas toujours causative), ainsi que la construction apparentée mais qui n'a jamais de valeur causative : have somebody V-ing (something).

NB : HAVE vb lexical a le comportement morphosyntaxique d'un auxiliaire lorsqu'en anglais GB on construit We haven't any money / Have you a lighter? / Had you a nice Christmas? (sans faire appel à DO). Bien noter que ces constructions sont en perte de vitesse.

 

HAVE auxiliaire

have+-en (marqueur de l'aspect parfait) ; have+-en se rencontre ds le present perfect (y compris forme have got), le past perfect et l'infinitif parfait (He can't have committed the crime).

NB : HAVE aux. a ttes les formes, finies & non-finies, d'un vb en ang. sauf le participe passé.

 

 

II. Le lien sémantique entre les deux verbes et leur invariant

 

Ns allons tenter ici de comprendre le lien entre BE et HAVE aux. et BE et HAVE vb lex, en ns appuyant sur leur étymologie et sur leur évolution, et en dégageant leur invariant en ang. contemporain.

 

1) Pourquoi traiter ces 2 marqueurs ensemble ?

 

Tout d'abord, des faits intralingues plaident en faveur d'une proximité sémantique des 2 vb :

(13)     He has a lot of patience. <—> He is very patient.

(14)     Il a beaucoup de patience. <—> Il est très patient.

 

(15)     AppleMark
 

 

[énoncés non strictement équivalents du pt de vue sémantique]

 

Ensuite, des faits interlingues semblent justifier un traitement unifié :

(16)     He is lucky. <—> Il a de la chance.

(17)     He is hungry. <—> Il a faim.

(18)     She is twenty. <—> Elle a 20 ans.

(19)     The wall is 6 feet high. <—> Le mur a/fait 2 mètres de haut.

(20)     It is about 2 miles to the border. <—> Il y a à peu près 3 km jusqu'à la frontière.

(21)     There is a police car in the street. <——> Il y a une voiture de police dans la rue, etc.

Enfin, les (nbeuses) lg qui ne possèdent pas de vb avoir pr exprimer la possession (cf. arabe classique, russe, latin, ...) font appel à des tournures signifiant « être à/chez/avec/dans la main de »), ce qui plaide aussi pr la proximité sémantique des 2 vb (cf. poly., "corpus interlingue sur l'expression de la possession").

 


2) L'invariant de BE et HAVE

 

Esquisse d'évolution pour BE : aux origines, on trouve un vb à sens spatial, signifiant « occupy a place ». De ce concept primitif, on va glisser vers le concept d'existence (ontologie) : « have place in the universe, thus exist ». BE permet alors de prédiquer l'existence, soit de manière absolue (cf. l'énoncé cartésien bien connu I think, therefore I am), soit de manière relative via l'attribution d'une caractéristique, permanente ou temporaire (cf. He is generous / She is forty five).

On va ainsi passer, au fil du temps, de l'idée d'existence concrète, définie par l'occupation physique d'un fragment d'univers, à l'idée d'existence plus abstraite, en particulier l'existence du (référent du) sujet grammatical définie par un ou plusieurs traits que So estime essentiels ou du moins pertinents. So adopte un pt de vue définitoire vis-à-vis du sujet grammatical : il semble dire "Regardez S, voilà comme il EST / voilà où il en EST". (Lapaire & Rotgé 1991 : 348).

 

Esquisse d'évolution pour HAVE : aux origines, on trouve un vb à sens localisateur, signifiant « hold (in the hand) », ce qui explique le glissement vers les idées de possession (ce qui est « saisi » devenant « acquis ») et d'obtention (ce qui est « saisi » devenant « profit », dans des emplois dits causatifs, cf. We had him apologize for his rudeness).

On va ainsi passer, au fil du temps, de l'idée de saisie concrète d'un corps extérieur pour le faire entrer dans sa sphère corporelle, à l'idée de saisie abstraite, par So, de matériau linguistique pour l'intégrer à la sphère du sujet grammatical.

 

Remarque : le glissement sémantique vers l'abstraction que nous notons est conforme au processus de grammaticalisation suivi par BE et HAVE  (processus qui, ds le cas des vb, conduit d'un vb lex. à un aux., en passant par des stades intermédiaires, cf. DO, WILL).

Ce processus est souvent conçu comme un processus de désémantisation complète (perte du programme sémantique), donnant dc des formes supposées vides de sens. Cette vision est inex. : un marqueur garde mémoire de ses origines [parce que ce sont précisément ces origines qui lui ont permis de se spécialiser ds des fonctions + abstraites et de connaître un "destin grammatical" (cf. WILL)].

Un  processus de grammaticalisation consiste plutôt en :

– un filtrage du programme de sens originel (partie quantitative du processus) ;

– un glissement des sèmes restant vers l'abstraction (partie qualitative du processus).

 

En ns basant sur certaines formulations tirées d'un célèbre article d'E. Benveniste (voir citations sur polycopié), ns pouvons dc maintenant dégager les invariants de BE & HAVE.

Ce sont fondamentalement 2 vb d'état : ils indiquent bien l'un et l'autre l'état, mais pas le mê. Etre est l'état de l'étant, de celui qui est quelque chose ; avoir est l'état de l'ayant, de celui à qui quelque chose est. Entre les deux termes qu'il joint, être établit un rapport intrinsèque d'identité ; au contraire, entre les deux termes qu'il joint, avoir établit un rapport extrinsèque de localisation. En effet, qd 2 termes ne sont pas identiques, l'un des 2 est nécessairement situé, localisé P/p à l'autre. Le S de HAVE est dc un sujet de type locatif (θ-rôle locatif) : il est le siège, le lieu de …[4].

 

La ling énonciative résume ceci avec les formulations suivantes :

1) BE est un marqueur d'identification. L'identification peut ê stricte : les 2 termes joints par BE peuvent être permutés :

(22)     At that time, the King of France was Louis XIV.

= At that time, Louis XIV was the King of France.

L'identification peut ê partielle : intégration de la dfn notionnelle du second terme à la dfn notionnelle du premier. C'est ce qui se produit avec la prédication de propriété, permanente ou temporaire :


(23)     Cynthia's husband is a scholar / very learned.

*A scholar is Cynthia's husband. [sauf topicalisation de l'attribut, mais rare]

(24)     Cynthia's husband is livid / standing in the corner.

Les 2 termes ne peuvent pas être permutés (manip. en [11]).

2) HAVE est un marqueur de localisation, càd de différentiation : différence irréductible entre les 2 termes joints par HAVE, d'où R° de repérage dissymétrique (comp. avec le repérage symétrique de l'identification stricte).

            3) Puisqu'il s'agit d'un invariant, nous appliquerons cette analyse à BE ds ts les exs suivants :

He                    IS                       rich                     (SAdj attribut du sujet)

She                   IS                       taking a shower   (prédicat de forme V-ing)

The poem        WAS                  written by Keats (prédicat de forme V-en)

et à HAVE ds ts les exs suivants :

They                HAVE                 a second home    (SN COD)

He                    HAS                   to pay a fine       (prédicat de forme TO V)

I                       HAVE                 lost my purse      (prédicat de forme V-en)

 

 

Troisième partie : les énoncés avec be+-ing

 

Repartons des 3 aspects grammaticaux de l'ang.

Avec l'aspect zéro, il N'y a PAS repérage de la RP P/p à la sit-repère (= svt, ms pas nécessairement Sito) > val de rupture de l'opérateur de repérage[5]. En d'autres termes, la RP est présentée co indépendente de la sit-repère.

Avec les formes auxiliées, il y a repérage de la RP P/p à la sit-repère (= svt, ms pas nécessairement Sito) :

- aspect "progressif" > val d'identification de l'opérateur de repérage, puisque BE

- aspect parfait > val de localisation (différentiation), puisque HAVE

 

Nous n'aurons pas le tps d'étudier les constructions aspectuelles avec have+-en, en part. les én au present perfect è lecture de Adamczewski (1982 : Ch. 5) (+ Lapaire et Rotgé [1991 : 443-471]).

 

Be+-ing est un marqueur complexe : décomposons-le. 

– BE : cf. ci-dessus

– ING est un marqueur de nominalisation dont la portée est extrèmement importante :

(25)     So far I had only made four mistakes. The first was mixing in it at all. The second was staying mixed after I found Marlo dead. The third was letting Madder see I knew what he was talking about. The fourth, the whisky, was the worst.

[-ING porte sur l'ensemble du GV / du prédicat. Sorte d'effet béton (Claude Delmas).]

 

L'ang possède 2 micro-systèmes formé avec be+-ing è 2 formes de présent et 2 formes de passé. Avec le pst, la sit-repère est Sito. Avec le prét, la sit-repère est un repère passé, institué ds le c.

Pour simplifier, on raisonnera sur le cas du pst. Co il y a 2 paramètres qui composent Sito : So, To), il faut considérer ces 2 éléments : le temporel (To), et le subjectif (So).

 


I. La RP est présentée comme valide à To en tout cas

 

1. Be+-ing indique que la RP est valide à To en tt cas, ms attention ! be+-ing ne dit rien sur la validité de la RP à d'autres moments que To. Parfs, le c indique que la RP est valide en d'autres occasions, co ds l'én suivant :

(26)     She is forever forgetting people's names.

[C'est forever, et non be+-ing, qui indique que la RP <she / forget people's names> est valide à d'autres moments que To.]

 

2. Cette validité est présupposée (tenue pr acquise) et non énoncée. Différence entre énonciation & présupposition :

(27)     La France a actuellement un roi.

énonce que la France a actuellement un roi (pose cette information comme vraie).

(28)     L'actuel roi de France est chauve.

présuppose que la France a actuellement un roi (tient pour acquis que cette information est vraie)

On peut démontrer que la validité de la RP est acquise/présupposée ds les én en be+-ing. Cela été fait par H.A. à partir d'exs co les suivants, où il y a anaphore de la RP :

(29)     This recording is more than just a new Paco de Lucia record. For this reason alone, it would be a happening, an occurrence, an event. But when one listens to it, one is listening to something else – to the respect and gratitude of Manuel de Falla that Paco has ...

(30)     When thousands of pro'testers began a march outside East Berlin's state television last Friday they had no idea they were starting one of the biggest demonstrations in European history.

[Même processus à l'oeuvre que dans l'exemple précédent, à ceci près qu'il y a reformulation de la RP par équivalence sémantique ("le vocabulaire est changé").]

> 2 validations successives : la 1ère validation, si elle n'est pas remise en cause, garantit que la validation suivante est acquise. Du coup, ds la 2nde occ, la validité de la RP a qqch d'incontestable, elle n'est pas sujet à débat/négociation inter-énonciateurs ; c'est cela qu'on veut dire qd on dit que la validité de la RP est présupposée.

 

Attention ! Les én avec anaphore servent de démonstration ; pr autant, be+-ing ne figure pas que ds les én avec anaphore. Voici un autre ex où la validité de la RP est tenue pr acquise de par la situation[6] :

(31)     "Good morning, Mr. Sneddles."

The old bibliophile was so surprised the lady knew his name that for a moment he just stood and stared at her. [...] She was the first customer he had seen for over a week [...].

"Good morning, madam," he said in turn. "Was there a particular volume you were hoping to find?" He looked at the lady, who wore a long lace dress and a large wide-brimmed hat with a veil that made it impossible to see her face.

> Enoncé délibérément long car fait l'objet d'une analyse complète (cf. poly.).

 

Puisque avec be+-ing la validité de la RP est présupposée, be+-ing permet à So d'instaurer une complicité/connivence métaling avec son coénonciateur : cela signifie que la validité de la RP s'impose au(x) coénonciateur(s), elle a qqch d'incontestable. Cette connivence peut ê "naturelle" ou "forcée", mais elle sert tjs la stratégie argumentative de So.

On peut considérer la connivence co "naturelle" en (31) et "forcée" en (32) :

(32)     "You're trying to blackmail me, that's all. You're trying to take the children away from me to make me stay at home."

[La validité des 2 RP est tenue acquise par So et elle s'impose au coénonciateur qui, bon gré, mal gré, ne peut que l'accepter : c'est ce que l'on entend par le concept de complicité métalinguistique.]

 

Voici enfin un ex encore + intéressant, ds la mesure où ni le cotexte ni la sit. ne permettent d'expliquer be+-ing [présupposition pure & simple] :

(33)     "No more for me, thanks — I'm driving."

[voir polycopié]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3. Bien évidemment, la forme be+-ing ne dit rien sur l'inachèvement et/ou la durée du procès prédiqué ! Que dire de l'INACHEVEMENT ds l'ex ci-dessus ?? Et que dire de la DUREE ds celui-ci :

(34)     "Success! He's opening his eyes!" (Explorers on the Moon, p.61)

[voir polycopié]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

II. La RP est présentée comme valide aux yeux de So en tout cas

 

Cela signifie que So veut montrer qu'il est maître du jeu linguistique : il veut indiquer explicitement qu'il est la source de validité de la RP.

So parle du S grammatical, il dit qqch à son sujet (commentaire, jugement, appréciation). Ceci est lié à la présence de BE, qui a pour effet d'inverser l'orientation de l'axe sémantico-syntaxique de l'énoncé. Enoncé orienté vers la gauche : avec be+-ing, ce n'est pas le résultat du procès qui est pris en considération, mais le procès (l'activité) lui-même, en tant qu'il justifie tte(s) autre(s) conséquence(s) actuelle que ce résultat propre > valeur justificative des én en be+-ing.

Cf. ex (32) ci-dessus : l'én en be+-ing sert de justification à celui qui précède ("No more for me, thanks", refus de boire davantage). C'est là une utilisation fréquente des én en be+-ing.

 

Les én au pst simple sont, eux, orientés vers la droite, vers la complémentation (éventuelle) du vb. Cette hypothèse rend compte de la paire minimale :

 

(35)     AppleMark
 

 

> Le fçs n'a pas 2 psts : I leave tomorrow et I am leaving t. = je pars demain, d'où les difficultés en thème.

Notre hypothèse permet aussi de rendre compte d'én co les suivants :

(36)     When a girl of twenty marries a man close to eighty, it is obvious that she is marrying him for money. (énoncé dû à H. Adamczewski)

(37)     Time and space, we know, are not immutable; on the contrary they are continually shifting. They shift not according to their own will and inclination, but in relation to something in ourselves.

Application : comparer :

(38)     There was only one woman in front of him in the off-licence. The woman was short and broad and she was wearing bedroom slippers. What raffish districts of London his friends inhabited. They depressed him unbearably.

[off-licence = magasin de vins & spiritueux ; raffish = qui mène une vie dissolue]

(39)     A Five Ring Circus

Tonya and Nancy: Set your watches, world. This week they fight.

It had all the earmarks of a championship fight. Both skaters strode into the practice rink in Hamar, Norway, last Thursday afternoon with their entourages. Nancy Kerrigan wore white – deliberatetly donning the same lace outfit she had on when she was assaulted, in case anyone needed a reminder of who was the victim in this saga. Tonya wore black –well black tights anyway. [...]

The team doctor stood on Nancy's side of the ice ; Tonya's lawyer sat on her bench.     (Newsweek, 28 / 02 / 1994)

 

 

III. Bilan sur présent simple / présent avec be+-ing

 

Les énoncés au pst simple/avec be+-ing s'organisent en un micro-syst (v. synthèse sur poly, non reproduite ci-dessous.)

 

Valeur très forte de la négation, en rapport avec la force de l'assertion elle-mê :

(40)     A– "You might not have seen it, if it had been in her bag."

B– "She wasn't carrying a bag."

[négation discordantielle, cas de la négation dite de réfutation, car en disant ce qu'il dit, A tient pour acquis que "She was carrying a bag", d'où la réfutation par B]

(41)     [cf. (32) ci-dessus] "You're trying to blackmail me, that's all. You're trying to take the children away from me to make me stay at home."

"I'm not trying to take them anywhere. It's you that's wanting to take them away." [négation discordantielle, cas de négation de réfutation. On notera que pour réfuter la validité de la RP, le coénonciateur doit dans un premier temps l'accepter, d'où be+-ing.]

(42)     You are not watching television!

[en A2 négation forclusive, que Calvin fait semblant de comprendre, en A3, comme discordantielle]

[voir polycopié]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

> La présence d'un négateur ne change rien au fait que la validité de la RP est acquise (présupposée), ms on voit bien la #ce : négation discordantielle = So réfute que la valeur positive de la RP corresponde à l'état des choses extraling. (c'est la val négative qui correspond) // négation forclusive = So marque que la valeur positive de la RP correspond à un scénario non-souhaitable selon lui.

 

 

Remarques finales en guise de conclusion

 

H. Adamczewski, et d'autres ling après lui, parlent d'én de Phase 1 (pst/prét simples) et d'én de Phase 2 (pst/prét avec be+-ing). Ce micro-syst. correspond à une chronologie profonde en langue, indépendante de la chronologie de surface en discours. En effet, la Phase 1 peut être présente ou "court-circuitée" ; si elle est pste, elle ne vient pas nécessairement en premier : on peut tt à fait avoir l'ordre de surface Phase 2 –> Phase 1.

 

Attention !!

C'est un grave contresens théorique que d'opposer les énoncés aux temps simples aux énoncés avec be+-ing de la façon suivante :

temps simples è "il n'y a pas d'intervention de So", "ces énoncés sont objectifs" ;

énoncés avec be+-ing è "il y a intervention de So", "ces énoncés sont subjectifs", etc.

Dans la mesure où un énoncé ne s'auto-génère pas, on a toujours un énonciateur derrière chaque prise de parole, chaque segment de discours. En d'autres termes, on a toujours un "architecte" responsable de la structuration des énoncés. Il y a en revanche différents niveaux de prise en charge énonciative :

– un niveau correspondant à la Phase 1, où le filtrage énonciatif n'est pas explicite, est minimal ;

– un niveau correspondant à la Phase 2, où le filtrage est explicite, est maximal.

Les enjeux ne se posent donc pas en termes de présence vs. absence de So, mais en termes de manifestation explicite ou non de sa présence.

 

Derrière l'aspectuel, ne pas oublier le modal :

(43)     This child is always knowing something she isn't supposed to!

[modalité 1 (assertion forte) + modalité 3, So jugeant la validation de la RP non-souhaitable, rôle de always]

(42)  [cf. ci-dessus] You are not watching television!

[modalité 1 + modalité 3 (rôle du négateur not) + modalité 4 (on est proche du radical déontique, avec des rapports intersubjectifs prégnants è you mustn't / I forbid you to ...)]

 

La forme progressive (durée et/ou inachèvement), une théorie dangereuse ? Oui, car telle une horloge arrêtée, deux fois par jour, elle donne l'heure exacte.

 

© Fabienne Toupin, All Rights Reserved, 2006

 



[1] "Aspect is grammatical because, broadly speaking, it is expressed by verbal inflectional morphology and periphrases, aktionsart by the lexical meaning of verbs and verbal derivational morphology. Aspect is subjective because the speaker chooses a particular viewpoint, whereas aktionsart, since it concerns the given nature of the event and not the perspective of the speaker, is objective." Laurel Brinton, 1988, The Development of English Aspectual Systems, CUP, p.3.

[2] Brinton (1988 : 53) place ces 2 catégories ds l'aspect grammatical (ingressive aspect et egressive aspect).

[3] En réalité, plutôt que de COI, il faudrait parler de COD elliptique : the mouse ate a piece from ... / John worked (out) some part of  ... Cf. read from the Yiddish newspaper.

[4] Autres vb à sujet de type locatif : know, want, like, resemble, see, hear, need, …Test syntaxique [pseudo-clivage + proforme do] déterminant les vb à sujet de type agentif :  I like you hairstyle. > *What I do is like your hairstyle. > *What I do to your hairstyle is to like it.

[5] Encore appelée val aoristique.

[6] "Par ses propriétés identificatoires, BE transforme le P en caractérisation situationnelle de S." (Jean-Rémi Lapaire, 1995, "Le concept de rupture en linguistique : fondements cognitifs et implications méthodologiques." GRAAT 13. Publications de l'Université François Rabelais).